Un visage d'Atabey : mémoire, présence et traces indigènes caribéennes dans le portrait contemporain.
- La Shawn Richards

- 22 mai
- 2 min de lecture
L’artiste portoricaine Alejandra Baïz travaille le portrait, influencée par des références, le symbolisme et la mémoire des peuples autochtones des Caraïbes. Sa pratique s’inspire souvent de la culture visuelle taïno, non pas comme illustration historique, mais comme moyen d’explorer la présence de l’ascendance dans l’identité contemporaine.
Un visage d'Atabey figure dans cette exploration en cours.

Au premier abord, c'est un portrait avec la mer en arrière-plan. Une silhouette émergeant du doux clair de lune, soutenue par l'eau et l'horizon. Mais plus on la regarde, plus elle se métamorphose. Les détails commencent à se révéler.
Il ne s'agit pas simplement de l'image d'une femme. C'est un dialogue visuel avec la mémoire autochtone caribéenne.
Baïz puise son inspiration dans la culture taïno et les traditions visuelles indigènes caribéennes en général, non pas comme ornement, mais comme points de référence pour l'identité et la mémoire. Les formes circulaires dorées, la coiffe et les échos cérémoniels de la composition font allusion à des objets et symboles ancestraux qui revêtaient autrefois une importance particulière dans toute la Caraïbe.


Parmi ces références figurent les taguas , ornements en or historiquement associés au peuple taïno. Décrites dans des écrits anciens comme des feuilles de guanín de formes circulaires et rectangulaires, elles servaient de boucles d'oreilles et d'ornements corporels. Dans l'œuvre de Baïz, ces formes ne sont pas reconstituées à l'identique, mais réinterprétées, s'intégrant ainsi à la figure elle-même.
Le résultat n'est pas une reconstruction du passé, mais sa continuation.
La retenue qui se dégage de l'œuvre est délibérée. Le paysage marin n'éclipse pas la figure, mais l'enveloppe. L'eau, le clair de lune, l'immobilité de la composition : tout cela crée un espace de présence plutôt que de spectacle.
La figure interpelle directement le spectateur. Sans jeu, sans exagération, simplement présente. C’est cette retenue qui confère à l’œuvre toute sa force.
Dans ce silence, le tableau devient plus qu'un portrait. Il devient un espace où la mémoire semble à portée de main, sans pour autant être pleinement expliquée.
Ce qui rend « A Face of Atabey » si fascinant, c’est cette tension : entre le connu et le perdu, entre fragments historiques et identité contemporaine. L’œuvre ne cherche pas à résoudre cette tension ; elle la maintient.
Et ce faisant, elle soulève une question qui va au-delà de la toile :
Comment les artistes caribéens parviennent-ils à faire revivre la mémoire ancestrale sans la figer ni la rendre lointaine ?
Sous la plume de Baïz, l'ascendance n'est pas un chapitre clos. Elle est vivante. Elle continue de ressurgir, silencieusement, sous forme de formes, de symboles et de présence.



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